ON THE ROAD AGAIN

C’est sur ce jeu de mot médiocre que je compte présenter le dernier film de Walter Salles, On the road, sorti hier sur grand écran. Bien entendu le film m’intéressait particulièrement en ce que j’ai lu le livre de Kerouac la semaine dernière, et qu’il est donc encore tout frais dans mon esprit. Certes je prends tout le recul nécessaire pour comparer les deux, Walter Salles a dû rencontrer des difficultés immenses pour adapter un tel chef-d’oeuvre, si important dans la culture américaine. Le résultat est plutôt plaisant, je dois dire que je m’attendais à bien pire – une adaptation d’un livre n’a rien d’évident, et les meilleurs s’y sont cassé les dents (l’exemple le plus significatif pour moi reste le Madame Bovary de Chabrol, tellement inférieur au roman de Flaubert, mais c’est parce qu’avec le maître Gustave, aucun film ne peut rivaliser). Cependant, certaines adaptations filmiques deviennent de vrais bijoux, aussi passionnantes que les livres originaux – Les Liaisons Dangereuses et Le Seigneur des Anneaux pour ne citer qu’elles. Bref, On the road, c’est un peu entre les deux. Les écueils principaux sont évités, en même temps que la magie du bouquin de Kerouac s’étiole sensiblement. Walter Salles est un habitué du road movie, Carnets de voyage et Central do Brasil, c’était lui – j’avais beaucoup aimé les deux d’ailleurs. Dans l’ensemble on ne peut pas reprocher au réalisateur de s’éloigner du livre, la narration est suivie, assez peu de passages finalement sont supprimés – c’est inévitable étant donné que le film dure déjà 2h20. L’atmosphère sexe, drogue et alcool de la Beat Generation est fidèlement restituée (à l’aide d’une bande originale sur le fil), dévoilée et même surexposée, mais la folie incessante et propre à l’écriture de Kerouac se perd malgré tout (l’effort pour reprendre les mots de l’écrivain dans les dialogues est très louable soit dit en passant). Les  acteurs sont excellents, il faut le reconnaître, car la complexité des personnages de Sur la route demande du travail pour être interprétée, et tous respectent l’essence de chaque figure: Kristen Stewart (pauvre petite trop souvent associée à Twilight) campe une parfaite Marylou décadente au regard libidineux, Viggo Mortensen incarne un Old Bull Lee (William Burroughs) complexe et attachant… Petit point useless mais que je tiens à préciser: Kirsten Dunst est terriblement banale – physiquement, son jeu n’a rien à voir – ça m’a choqué par rapport à la douce Marie-Antoinette, et Viggo a pris un sacré coup de vieux. Mais Ton Sturridge et Sam Riley sont là pour compenser avec brio. Enfin le véritable héros de Sur la route, Dean Moriarty, m’a un peu déçu, sans que cela doive être imputé à la performance de Garrett Hedlund, très honnête – adjectif nul mais vous comprenez qu’il est bon. Seulement c’est de Moriarty dont il s’agit, un mythe, un type insaisissable, qui coure toujours et demeure imprévisible. Hedlund a beau jouer justement, le personnage s’affadit à l’écran, il n’est plus aussi fascinant que dans le livre. Pour conclure, On the road est fidèle à l’esprit Kerouac, c’est un bon film, qui ne parvient toutefois à rivaliser avec le chef d’oeuvre – pouvait-on lui en demander tant? 

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