QUAND VUITTON RENCONTRE JACOBS

Tout semble séparer les deux hommes: l’un est un maroquinier français du XIXe siècle, l’autre un créateur de mode new-yorkais du XXIe siècle. Et pourtant, à plus de 150ans d’écart, le bon Louis joufflu et l’athlétique Marc, qui ne l’a pas toujours été, ont imprégné la mode de leur époque d’une vision nouvelle et anticipatrice. Louis Vuitton et son rejeton spirituel Marc Jacobs ont la part belle cette saison au musée des Arts Décoratifs, avec une exposition qui rapproche les deux hommes, afin de souligner les continuités entre le père de la célèbre marque au monogramme et son remarquable créateur de mode depuis maintenant 15ans. Chacun a su innover dans le développement de l’industrie du luxe: Louis Vuitton a participé de la naissance de la haute couture à Paris dans les années 1850, tandis que Marc Jacobs a proposé à son arrivée à la tête de la maison la création d’une ligne de prêt-à-porter. Sur deux niveaux, l’exposition dévoile dans un premier temps les éléments dominants de la marque Louis Vuitton au XIXe: développement des malles, d’abord à motif rayé avant l’invention du monogramme en 1896 par le fils de Louis, garde-robe haut de gamme pour poupées, tenues de femme à crinoline, devenue incontournable sous l’impulsion d’Eugénie. Le deuxième étage est consacré au regain de la marque depuis 1997, grâce à Marc Jacobs qui rend à Louis Vuitton ses lettres de noblesse (même si les sacs à main sont hideux). L’entreprise du musée est noble, elle rappelle que la mode est au coeur de la société, elle suit de près les moeurs dans leur éternelle métamorphose (parfois faite de ponctuels retours). C’est bien parce qu’elle est légère, fluctuante, frivole, que la mode est une donnée essentielle pour comprendre les civilisations dans leur temps. En revanche, la présentation des objets pourrait être sensiblement améliorée: à vouloir placer les deux hommes dans deux ensembles respectifs, la continuité de la marque s’en trouve mise à mal. Or c’est bien le but de l’exposition, je crois, de montrer que la mode n’est qu’un cours d’eau sans cesse renouvelée, mais qui charrie tout de même d’anciennes d’alluvions (ô la belle métaphore). Une confrontation des deux périodes dans une seule vitrine, avec des explications sur les changements produits, m’aurait parue plus pertinente. En plus, et c’est sans rapport, Marc Jacobs utilise des fourrures de toute sorte, et ça je ne cautionne jamais. Enfin l’entrée est gratuite pour les petits jeunes, alors je vous propose malgré tout de faire une visite aux Arts Décoratifs avant le 16 septembre.

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