HELMUT NEWTON

Il a beau porter le prénom le plus ingrat de la langue de Goethe (avec Hildebrande), Helmut Newton demeure un photographe majeur du XXe siècle. Depuis sa mort quelque peu loufoque en 2004 – il s’est encastré dans un mur en voiture à la sortie du Château Marmont – aucune rétrospective n’avait eu lieu en France. L’exposition qui se tient au Grand Palais jusqu’au 17 juin propose donc, au travers de près de 200 clichés originaux, de (re)découvrir l’univers érotique du plus célèbre des photographes de mode. J’avais un certain a priori envers Helmut, ne sachant pas vraiment comment comprendre son entreprise artistique, les photographies de femmes nues en particulier. Femme toute puissante, nudité éclatante, ou réification manifeste, réduction à un corps aseptisé de toute impureté? L’univers de la mode m’agace en général: certes, j’admire les grands couturiers, l’esthétisme de certains modèles, mais c’est tout de même réduire des individus à des objets sans consistance. Une mannequin est avant tout une potiche, et prétendre le contraire c’est se voiler la face (cela va de pair avec les magazines féminins passablement réducteurs et stupides). Bref, ma part de féminisme latente regardait d’un œil circonspect le milieu privilégié d’Helmut. Mais en sortant du Grand Palais, mon avis avait évolué dans une certaine mesure. Si l’on replace les clichés dans le flamboyant milieu fréquenté par le photographe, la superficialité est première. Sexe, argent, drogue, violence, ce monde s’apparente aux livres de Bret Easton Ellis. De fait, il faut envisager son art comme la représentation d’un temps, d’une modernité issue de l’évolution des mœurs. Helmut est tout sauf un photographe de l’instant, du mouvement: chez lui, le portrait est figé, étudié. Sans spontanéité aucune, la pose s’expose, et le photographe est à la recherche de la perfection calculée. Aussi les femmes – seins tendus, jambes galbées, haut perchée – sont conquérantes, évoquent la martialité des statues antiques. C’est le corps féminin tout-puissant, la chair démiurgique, mais il n’y a pas de sensualité à mon sens. La froideur des modèles, parfaites comme des poupées Barbie, convoque un érotisme cru, presque pornographique. Il en va de même pour les portraits (en vrac Jean-Marie Le Pen, Leni Riefensthal, Charlotte Rampling) qui rendent compte de personnages captés par l’objectif, dans des mises en scène choisies. L’ensemble reste choquant, dérangeant, et soulève nombre de tabous endémiques au monde occidental. La photographie renvoie le spectateur à sa propre image, et déclare qu’elle n’est qu’artifice, construction pensée.

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