THE GREAT CHARLIE # 2

Trois films de plus et voici mon esprit extatique, trois films et je ne comprends pas pourquoi j’ai attendu si longtemps pour expérimenter ces merveilles. Je suis encore transcendée par Limelight, aussi je sens bien que les phrases s’étiolent à chaque tentative de description des émotions ressenties. The Goldrush est délirant, absurde, toujours poignant: l’heureuse excitation du vagabond ayant invité la belle chez lui, qui met la cabane sans dessus dessous, est drôlissime, la danse des petits pains, le repas d’une chaussure cuite à l’eau, sont des scènes cultes. Apparemment c’était le film dont Chaplin était le plus fier de sa carrière, pour ma part je le trouve très bon mais un tout petit peu en dessous de City Lights. De même The Circus garde toujours ce personnage de vagabond au grand coeur, seulement qualifié de tramp dans la version anglaise (alors qu’en français nous l’appelons Charlot), et est toujours aussi drôle, plus léger peut-être. Sa démarche de pingouin, son sourire niais et son regard caméra dans lequel se reflète toute la misère du monde… The tramp est de ces personnages qui ne vous quittent plus, qui s’imprègnent en vous. Mais Limelight alors (Les feux de la rampe en VF), quelle ravissement! C’est un Chaplin vieilli, paumé, désenchanté qui parait à l’écran, et pour cause : le film date de 1952, période troublée dans la carrière du comédien, qui est chassé des Etats-Unis par le maccarthysme et se réfugie en Angleterre. Calvero, vieux clown sans emploi, recueille la jeune Terry, danseuse de ballet qui a fait une tentative de suicide. Les liens qui se nouent entre les deux personnages sont puissants et perdurent malgré les aléas de chaque carrière. Chaplin écrit pendant trois ans la genèse de Limelight mais le tournage ne durera que 55 jours. Cette mûre réflexion transpercée d’une rapidité d’exécution se retrouve dans le film, bouleversant et à l’intensité dramatique incontestable (Chaplin est aussi brillant dans le cinéma parlant). La dernière demi-heure tient du sublime, de l’émotion pure : Buster Keaton, autre roi du muet, rejoint Chaplin pour une scène magnifique. Le dernier plan du film m’a ému aux larmes, les scènes de ballet me passionnent toujours alors il ne m’en fallait pas plus. Vous l’aurez compris, Limelight est un chef-d’oeuvre, et Chaplin un acteur d’une justesse sans commune mesure.

%d blogueurs aiment cette page :