ARTEMISIA

Il ne s’agit pas du Docteur Frankenstein en pleine création mais de Yael plantant un piquet de tente dans le crâne de Sisra – il ne s’en relèvera pas d’ailleurs. Giaele e Sisara, c’est un des nombreux tableaux d’Artemisia Gentileschi que vous pouvez admirer jusqu’au 15 juillet au musée Maillol. Artemisia, une femme qui en avait dans le pantalon: indépendante, brillante, elle a dépassé tous les codes de son époque, le début du XVIIème siècle, pour vivre pleinement son art. A une période où les femmes ne peignaient jamais de scènes religieuses, elle s’est démarquée par une production riche et aboutie, et a su s’inscrire dans les cercles artistiques de son temps. Dans la lignée caravagesque, ses oeuvres baroques déploient de sombres scènes caractérisées par un clair-obscur assez incroyable je dois dire. Abusée par son professeur lorsqu’elle avait 19 ans, Artemisia s’est battue pour que son violeur soit condamné: cette force qui l’anime se retrouve dans ses toiles, d’une grande puissance évocatrice. Sans faire de la psychanalyse de bas étage et affirmer que son viol est à l’origine de l’énergie qui émane de ses toiles, il faut tout de même reconnaître que ses diverses représentations de Judith décapitant Holopherne livrent une cruauté toute prégnante. Tombée en désuétude comme Le Caravage, il faudra attendre le XXème siècle pour que son art libertaire soit à nouveau reconnu universellement. Alors c’est le moment de réveiller la part de féminisme en vous (elle ne devrait jamais rester endormie trop longtemps) et de célébrer la grande femme, mais surtout la grande artiste qu’est Artemisia Gentileschi. Précision triviale par ailleurs, l’entrée de l’exposition n’est pas donnée: 9 euros en tarif réduit, pour une durée de visite de 45 minutes, c’est tout simplement inconséquent. La gratuité des musées nationaux pour les moins de 26 ans c’est bien, mais si les autres musées pouvaient s’en inspirer, ce serait encore mieux. 

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