THE GREAT CHARLIE # 1

Qu’on me frappe d’opprobre, qu’on me tranche les seins telle la sainte martyre après la confession que je m’apprête à faire. Jusqu’à hier, je n’avais vu aucun film de Chaplin en entier. Quand je clame que mon ignorance cinématographique est béante, ce n’est pas du pipeau. Certes je connaissais les scènes les plus fameuses de Modern Times, de The Great Dictator, mais bien peu de choses, aussi ai-je décidé qu’il était temps de rattraper mon erreur. D’ailleurs les titis parisiens je vous conseille d’aller chez Gibert, les grands classiques du cinéma sont en promotion, j’ai acheté plusieurs Chaplin et un sublime coffret Gabin pour pas grand chose. Ces trois premiers films, je les ai regardés en une journée: j’ai éclaté de rire, même pleuré de rire, pleuré tout court… Le muet tend à devenir une révélation pour moi: le corps se fait truchement du verbe, l’acteur s’offre pleinement, se donne (Qu’est-ce que l’art? Prostitution écrivait Baudelaire), la forme est d’une pureté incomparable. Alors grosse prise de risque sur l’article, je fais l’éloge de Charlie Chaplin, quelle originalité! Sincèrement, je ne crois pas être la seule à méconnaître les chefs-d’oeuvre passés (mais intemporels, s’entend), et si votre connaissance est lacunaire comme la mienne l’était et l’est toujours – Dieu c’est chose fascinante que la culture, on avance à tâtons, on effleure, on accumule des grains de sable, d’or, sans jamais que cela ait une fin… – faites-vous plaisir, offrez-vous ce bonheur de découvrir Chaplin. The Kid est je crois le plus émouvant de cette première trilogie, il est difficile de rester insensible à la situation précaire des personnages et aux beaux yeux du petit garçon qui accompagne Charlot. Modern Times est tellement drôle, les épisodes du travail à la chaîne ou encore de la machine à nourrir les ouvriers sont à hurler de rire, littéralement. Quant à City Lights, c’est pour moi une perle absolue, un concentré de délicatesse et de poésie comme on en voit rarement. Un des plus beaux films que j’ai découvert. Mais à l’image du sourire de Chaplin, qui tendrait au rictus douloureux, le genre de l’oeuvre n’est jamais délimité, toujours mouvant: tantôt comédie, drame ou mélodrame, le spectateur se laisse immerger dans un univers muet qui en dit long sur l’humaine condition (sinon vous allez croire que je me réfère à Malraux). Sentez et ressentez la volupté superbe de chaque saynète; toujours sur le fil, Chaplin me rappelle Banville et son Clown, crevant le plafond de toile pour atterrir dans les étoiles.

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