DEGAS ET LE NU

De l’importance d’être constante: j’avance à peine dans mes lectures studieuses, il me reste encore cinq œuvres à lire, dont Sleepy Hollow (Washington Irving, pas Tim Burton) – je dois toujours dépasser la troisième page de la nouvelle (impression d’avoir 13ans)… et en parallèle, je choisis d’entamer un bouquin hors programme, modeste pavé intitulé Guerre et Paix. Je vous prouve quand même qu’à défaut de souvent parler de livres, j’en lis toujours. Mais là je dois évoquer THE exhibition que je suis allée voir vendredi midi, Degas et le nu. Gratuite pour les moins de 25ans, l’exposition se tient au musée d’Orsay jusqu’au 1er juillet. Inaugurée il y a deux semaines, elle est un franc succès, même en semaine il faut s’attendre à plus d’une demi-heure de queue – et beaucoup de monde dans les salles. Il s’agit de la première grande rétrospective consacrée à Degas depuis 1988. Elle se focalise sur l’évolution dans la pratique du nu, et est d’une richesse exceptionnelle, aussi bien quantitative que qualitative. Je suis restée environ 1h30 à parcourir l’exposition, soigneusement pensée: monographies, toiles, pastels sont présentés sur un mode chronologique, et la disposition est telle qu’on suit parfaitement les avancées de Degas dans son art. Chaque salle est dédiée à une pratique singulière. S’il est resté célèbre pour ses représentations de danseuses, Eddy (je tente) a aussi travaillé toute sa vie sur le corps féminin dévoilé dans sa nudité la plus concrète: femmes sortant du bain, prostituées dans leurs chambres… L’intime, le quotidien devient obscène au sens premier, porté sur scène, affiché au regard. On a souvent dit de Degas qu’il était un grand misogyne (C’est la bête humaine qui s’occupe d’elle-même. Jusqu’à présent, le nu avait toujours été représenté dans des poses qui supposent un public. Mais mes femmes sont des gens simples, honnêtes, qui ne se préoccupent de rien d’autre que de leur condition physique: Eddy pouvait être un sacré enfoiré, il était d’ailleurs antidreyfusard) mais je pense qu’au contraire il faut aimer la femme et même la vénérer pour tant la dessiner. L’artiste semble éprouver une pudeur, une timidité face au sexe opposée, ce qui se traduit par une fascination pour le quotidien le plus trivial. Les monographies de Degas ne sont pas cruelles: la pose adoptée par la femme, contorsionnant le corps, est transcendée d’un trait qui la magnifie – analyse à deux francs six sous, mais c’est précisément mon ressenti. Au sein de l’exposition, plusieurs toiles d’artistes liés d’une manière ou d’une autre à Eddy (Goya, Renoir, Gauguin, Picasso…) finissent d’enrichir la visite: des grands maîtres qui l’ont influencé aux jeunes artistes qu’il inspira, sa place de figure incontournable dans l’art est attestée. On ressort du musée avec le sentiment d’avoir entrevu un génie qui pénétrait l’essence même de ses figures, et parvenait en un coup de crayon à la faire sourdre de la toile.

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