ENTRELACS

Ma vie est bouleversée : depuis une semaine déjà des cartes de fidélité Starbucks sont disponibles, et ce n’est qu’aujourd’hui que je suis informée. Dans plus-que-neuf boissons à cinq euros, j’en aurai une gratuite, ça vaut carrément le coup : 50euros de chocolat chaud, ce n’est pas grand chose. Mais je suis injuste, c’est grâce à Starbucks que je peux écrire en ce moment, devant la majestueuse gare Saint-Lazare, à cause des non moins majestueuses suppressions de train du vendredi après-midi (Vouloir se rendre à Evreux est-il si fol désir ?). J’ai longtemps pensé qu’Ai Weiwei était juste le nom dissonant d’un dissident chinois gros, chauve, et barbu de surcroît, qui faisait des doigts à tout va et passait son temps sur les réseaux sociaux. La chose est en réalité bien plus digne d’intérêt, et la rétrospective qui se tient au Jeu de Paume jusqu’au 29 avril permet de mettre en lumière le personnage, aujourd’hui encore assigné à résidence à Pékin. Ce qui est cool avec Ai (cacophonie), c’est qu’il est facilement accessible pour le tout à chacun, qui pose souvent un doux regard ovin sur les installations d’art contemporain – moi la première. Architecte, photographe, sculpteur, blogueur, le pépère multiplie les activités, avec une constante ces dernières années : dénoncer l’opacité, la corruption, la censure qui est au fondement du pouvoir chinois. C’était donc prévisible, Ai s’est fait décalquer la face par des policiers en 2009, assez honorablement puisqu’il a fini à l’hôpital avec une hémorragie cérébrale. Son blog a été fermé, mais on continue à travers le monde de suivre ses tribulations de Chinois en Chine via Twitter. Pour en revenir à l’exposition, intitulée Entrelacs (un des plus gracieux mots de la langue française, pour ce que j’en dis), elle s’articule sous trois aspects majeurs : les débuts d’Ai Weiwei à New York, dans l’hétéroclite East Village des années 1980, son retour en Chine dans les années 1990, où il va s’intéresser aux mutations du paysage (destructions serait plus exact) et à l’architecture, et son influence sur le net avec son blog et Twitter depuis 2005. Au fondement de la rétrospective se trouve donc l’idée de lien, de communication, si chère à l’artiste : tissu de connections entre les arts, les individus, les cultures. L’ensemble n’est vraiment pas rébarbatif, les explications sommaires suffisent amplement à envelopper l’exposition du regard. Enfin pour terminer, je précise seulement que les fameuses study of perspectives (photos du doigt d’honneur) ont une signification riche de simplicité: remettre en question le respect que l’on témoigne au pouvoir établi, qu’ils s’agissent des monuments, des paysages, des gouvernements. Avancer sans cesse, se distiller dans le mouvement, ne pas de satisfaire d’un figement quelconque, un artiste en somme.

Et avec le même billet, vous pouvez voir en plus la rétrospective, à ce jour unique en France, de l’oeuvre de la photographe américaine Bérénice Abbott. Formée par Man Ray, elle a contribué à la reconnaissance internationale d’Eugène Atget, côtoyé Marcel Duchamp, photographié Jean Cocteau… respect quoi. En plus vous verrez les mains de Cocteau – en photo, bien sûr – et ça vaut le détour.

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