LE PRINTEMPS DES POETES

Ca m’inquiète un peu parce que je ne suis pas allée chez le coiffeur depuis mi-décembre (sur le moment j’aurais pu jouer dans V for Vendetta), croyant retrouver au fil des semaines ma féminité dérobée, mais en fait quand je regarde les affiches de Cloclo, la ressemblance capillaire est troublante. Je pourrais toujours participer à la fantastique émission A la recherche du nouveau Claude François – je maîtrise le port de la veste à sequins, mais pour les chorégraphies je ne sais pas trop. Enfin tout cela est bien futile, puisque j’ai acheté un trench gris intérieur rose fushia (la classe intersidérale). Bon depuis quelques jours j’ai ouvert des recueils de poésie, au lieu de lire la page people de Direct Matin. Ce sont de très grands classiques que j’ai pris, au hasard de ma bibliothèque, dont je connaissais bien sûr quelques poèmes, mais je n’avais jamais fait la démarche de les lire en entier – c’est d’ailleurs absurde, le poème s’inscrit dans un tout, l’isoler systématiquement lui enlève une partie de sa signification (vous me direz Ca en fait ressortir une autre... mais c’est pas votre blog alors tant pis pour vous).

Francis Ponge, Le parti pris des choses

Francis c’est un bon poto, d’ailleurs il plaît souvent aux jeunes personnes ou à ceux qui ne lisent pas ordinairement de la poésie (attention, sans lui ôter aucune légitimité dans la sphère poétique). Le mec, y fait des poèmes sur des choses que l’on fréquente au quotidien mais sur lesquelles on se s’arrête pas – le pain ou le cageot (objet, pas celui qu’on croise) par exemple. Le parti pris des choses, c’est la volonté de poser un regard nouveau sur le matériel, le trivial, et de porter aux nues par la poésie ce qui n’est jamais évoqué. Il s’agit aussi d’une requalification du réel, loin de toute image stéréotypée: c’est observer une cigarette, et se dire Mais en fait c’est quoi une cigarette? L’alchimie se met en place, et le quotidien devient poétique. Après n’allez pas adopter pas la Ponge mania, à tout décrire sur un mode poétique: si vous n’avez pas son talent, ce serait certainement ridicule (c’est l’expérience qui parle).

Paul Verlaine, Fêtes Galantes, La bonne chanson, Romances sans paroles

Je connaissais la vie sexuelle de ce Pauvre Lelian bien plus que sa poésie, il était temps de rattraper le retard! Cependant ce n’était pas tellement stupide, la vie de Verlaine est si rocambolesque qu’il est important de la connaître pour aborder son oeuvre poétique, dans ses directions éparses. J’ai dû relire plusieurs fois chacun des petits recueils, mais rien n’y fait: j’oublie tout, seule une sensation me reste, une couleur. Ce phénomène est naturel avec les lectures un peu anciennes, un peu précipitées, mais là en refermant le livre je sentais bien que tout m’échappait, et qu’il fallait à nouveau l’ouvrir. La poésie ne se laisse pas appréhender si facilement, il faudra que régulièrement je m’y remette – d’ailleurs un prof nous a expliqué qu’il fallait connaître un poème quasiment par coeur pour le comprendre pleinement. Bref ces lectures n’étaient pas stériles pour autant, et je peux vous en parler un instant (pas plus sinon vous ne lirez pas l’article jusqu’au bout). Les Fêtes Galantes sont le deuxième recueil publié par le poète, après les Poèmes Saturniens: l’atmosphère est celle de Watteau, d’un XVIIIème siècle délicat et frivole – tout ce que j’adore (je suis une admiratrice ABSOLUE de Marie-Antoinette et de cette époque faussement légère). Les teintes y sont pastel, poudrées, rose, bleu, gris, et certains personnages empruntés de la Commedia dell’Arte. Dans La bonne chanson, le poète est sous le coup de sa rencontre avec Mathilde, qui deviendra sa femme: c’est l’excitation d’un amour naissant, la luminosité des prémices. Le recueil est formellement plus simple que les autres oeuvres, puisque destiné à une jeune fille de 16ans (yen a qui s’en font pas). Bon, il m’a semblé aussi moins intéressant – mais le thème des premiers amours ne m’a jamais touché, coeur de pierre que je suis. Enfin les Romances sans paroles sont un ouvrage de transition, un entre-deux: Verlaine a rencontré Rimbaud, son mariage avec Mathilde décline sérieusement, et le poète ne sait comment se situer, entre le regret d’une vie paisible et sa passion pour le flamboyant jeune poète. Antithèse de La bonne chanson, le recueil se veut plus amer, plus complexe à saisir aussi. Le motif de la chanson est toujours présent, à travers un arrière-fond que Rimbaud affectionnait particulièrement: la chanson populaire – et ça me permet de conclure sur du Claude François (quelle construction, ces articles).

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