NADJA

J’assiste ce semestre à un cours de littérature qui se nomme joliment « la vocation littéraire » (douce impression de pénétrer une secte savante). En réalité, il s’agit de s’intéresser à la mise en place de la vocation littéraire chez les écrivains, que l’on retrouve souvent dans les autobiographies. De fait j’ai toujours eu une forte attirance pour les récits de vie des grands auteurs, et d’ailleurs des artistes en tout genre, certainement parce que le mystère de la création artistique demeure toujours renouvelé pour moi. J’ai ce besoin de constamment ancrer l’écrivain dans sa réalité biographique, de comprendre comment un homme en apparence lambda peut nous laisser un chef d’oeuvre, passer d’un présent subjectif à une postérité éternelle. Ce week-end j’ai été un peu déçue par l’autobiographie de Pierre Guyotat, Formation, que nous devons d’ailleurs étudier en cours, et qui m’a laissée sur ma faim. Il fallait donc que je trouve autre chose à me mettre sous la dent: Nadja d’André Breton m’a semblé un bon choix pour plusieurs raisons. D’abord c’est un récit assez court (compter deux bonnes heures de lecture) et je ne voulais pas me lancer dans un gros pavé puisque j’ai tout le programme du second semestre à me coltiner encore. De plus, je me suis souvenue que ma professeur de littérature en terminale vouait un culte à ce livre, et le nom de Nadja s’associe dans mon esprit à Nedjma – mon amour du premier semestre. Mon choix s’est révélé à la hauteur, bien que le surréalisme ne soit pas trop ma tasse de thé ; je me perds dans le délire des interprétations, ça m’agace. Nadja est à n’en pas douter un modèle d’oeuvre surréaliste pourtant, avec abondance d’images significatives (motif de la main alliée au gant, présence du feu, de l’étoile noire…). L’originalité de ce récit autobiographique – le terme me gène mais il est incontestable que la vie de Breton recoupe celle du narrateur – réside, entre autres, dans la présence de nombreuses images, photographies, dessins, qui remplacent les descriptions. Je serais bien incapable de proposer une analyse de cette oeuvre, qui nécessite à mon avis bien des lectures (c’est le propre de toute littérature) avant de délivrer ses secrets, mais je ne me lasse pas de l’atmosphère sensuelle et évanescente qui s’en dégage, à la manière de Nerval – si cher à mon coeur. A cela se superpose le thème de la promenade romantique dans Paris, déambulation solitaire à travers la capitale qui permet à la pensée de se libérer, avant la rencontre avec LA femme, Nadja, figure emblématique mais bien incarnée. La brièveté de la relation entre les deux individus enferme l’événement dans une intemporalité, un jaillissement éphémère mais primordial. Comme l’affirme Breton, c’est bien une histoire à dormir debout qui nous est proposée, un paysage mental avant tout. La folie est partout présente, c’est un amour fou, irraisonné, à l’image de la phrase qui clôt le livre: « la beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas ». A ce propos, je me sens obligée de vous préciser que la vraie Nadja que Breton a côtoyé, Léona Delcourt, est décédée dans un asile pendant la guerre, des suites d’une sous-alimentation. De même la grande, la splendide Camille Claudel a connu une fin horrible, dans les mêmes conditions. Il me paraît bon de se rappeler encore aujourd’hui l’atrocité des asiles pendant la seconde guerre mondiale, puisque la plupart des internés y sont morts de faim ou de froid (on parle de 45 000 personnes hein…). 

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